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Réalités des maisons de repos et de repos et de soins face au Covid-19

Nous avons dépassé la barre des 6.000 décès liés au covid-19. Plus de 3.000 morts ont été dénombrés en maisons de repos (MR) et de repos et de soins (MRS). Triste constat dont nous pressentions déjà la réalité il y a plus d’un mois.

Depuis une dizaine de jours, les situations des maisons de repos font la une des médias, après un long silence sur l’ensemble des collectivités belges. Aujourd’hui ce silence est devenu assourdissant et questionnant. Les réalités du secteur de l’hébergement pour personnes âgées, sont insupportables, tant le manque de prévoyance et d’anticipation y est interpelant.

Résidents, accompagnants se sont retrouvés seuls avec le covid-19, dès le début de l’épidémie. Insuffisamment formés et outiller pour contrer ce qui les attendaient. Sans pouvoir isoler les résidents malades des autres personnes. Sans suffisamment de protections (ou carrément en l’absence de celles-ci), sans tests pour avoir une vue de la situation, sans conscience de la manière dont le virus peut se répandre dans une collectivité. Pouvait-on dès lors prévoir d’autres issues pour ce secteur ?

Sans la présence d’une partie des soignants, écartés, malades, absents. Avec l’impossibilité de respecter les règles de distanciation physique, avec la peur au ventre de transmettre la maladie aux résidents mais aussi aux familles. Avec une absence de contacts extérieurs, des visites des proches supprimées.

Les maisons de repos, comme toute collectivité de ce pays se sont retrouvées très isolées, très vite dépassées et impuissantes pour faire face efficacement à la crise. Un énorme fossé s’est creusé d’emblée entre la manière dont le secteur hospitalier a été réorganisé de manière remarquable et la débandade dans laquelle s’est retrouvé le secteur des MR-MRS, faisant des résidents et de leurs accompagnants, de très nombreuses cibles atteintes par le coronavirus.

Dès le début de la pandémie, les maisons de repos et tous leurs résidents et travailleurs ont été mis dans des conditions qui ne pouvaient déboucher sur autre chose que ce que nous voyons aujourd’hui, et dont nous sommes les spectateurs. Observateurs impuissants d’une catastrophe amplifiée faute de prévoyance des autorités politiques et des experts scientifiques qui ont misés l’ensemble des moyens ailleurs, principalement dans un premier temps, dans les services hospitaliers.

Alors, lorsque fin de la semaine dernière le gouvernement annonce, entre autres que les visites des proches en MR-MRS peuvent à nouveau s’envisager, personne sur le terrain, n’est prêt à les organiser faute de moyens logistiques, faute de temps, les priorités s’étant imposées ailleurs, faute de professionnels en suffisance, surmenés, exténués, motivés mais à bout de souffle. Ces premières semaines de crise semblent vécues comme une guerre dans laquelle ceux qui sont au front, sont insuffisamment soutenus et armés, davantage livrés trop longtemps à leur sort et très insuffisamment reconnus comme accompagnants des publics très fragilisés.

La prise de conscience des autorités et d’un certain nombre de mesures en faveur de ce qui se passe en MR-MRS, arrive beaucoup trop tard. L’armée, les pompiers, les citoyens volontaires, les tests, le matériel de protection, brefs les renforts tant espérés essuient les plâtres de situations dont la maîtrise n’a pu être formalisée.

Nous voyons dans les médias, des résidents à bout de force, qui se sentent aux aussi abandonnés de toute part et qui pour la plupart perdent pied, l’envie de vie qui les animaient les quittent peu à peu, mais sûrement. Comment allons-nous dépasser cet épisode d’une histoire tragique ? Que mettrons-nous en place pour éviter que cela ne se reproduise ? Quelles leçons constructives garderons-nous de cette pandémie meurtrière qui n’est pas prête à capituler et nous demandera encore beaucoup d’efforts à chacun ?

Anne Jaumotte
Chargée de projets