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Confinement et Coronavirus... Des pistes pour construire demain

senior 3363943 640Nous sommes le 16 avril 2020, je ne compte plus les jours de confinement comme l’avait conseillé dès le début de la quarantaine, l’explorateur Bertrand Piccard, coutumier de longs voyages en solitaire dans le cockpit de Breitling Orbiter et de Solar Impulse. Alors que la pandémie virulente fait rage, Piccard de par sa longue expérience, peut nous aider à la supporter et même la dépasser. De précieux conseils à cogiter et à mettre en pratique avec un bémol, tout de même, à savoir que nous sommes loin d’être égaux face au confinement. Pas simple voire difficile d’appliquer ces conseils lorsque l’on vit dans un environnement exigu, inconfortable, déstabilisant, surpeuplé, sans plus de travail ou à l’inverse surchargé de, ou encore entouré de petits enfants qui occupent tous les espaces communs…

Le psychiatre, explorateur nous suggère en substance, de ne pas pratiquer le décompte du confinement, car nous ne savons pas encore quand et comment il se déroulera et évoluera, même si depuis hier, la date du 3 mai prochain, laisse entrevoir la réouverture de nouveaux espaces de libertés. Il faut dès maintenant, prendre conscience des moments présents et les vivre pleinement. S’en contenter et les ressentir dans son corps en étant attentif à ses impressions, ses ressentis. Bref, se sentir en vie à chaque instant et être conscient de l’importance de ce que nous apporte cet instant, aussi petit ou difficile soit-il.


« Les mesures drastiques imposées pour lutter contre l'épidémie ne sont pas seulement un "luxe", selon Bertrand Piccard : elles seraient même une véritable opportunité. "Dans la vie de tous les jours, on bouge trop et on bouge à l'extérieur de soi-même", regrette l'explorateur, auteur du premier tour du monde en ballon, il y a plus de vingt ans. "C'est intéressant de bouger à l'intérieur de soi-même, voir ce qu'il se passe, s'écouter. On peut vivre un confinement comme une expérience spirituelle, qui n'a rien à voir avec la religion. »
Europe 1


Trouver son cocon protecteur, en faire un véritable bouclier est un autre conseil: une image, une sensation, un souvenir, une expérience, où plonger pour se rassurer et se prodiguer une impression de réconfort. Et à la fois, se rappeler que nous vivons une expérience unique dans l’histoire, comme des milliards d’autres humains. Nous ne sommes donc pas seuls. Au jour le jour, percevoir le sens que ce que l’on accomplit est essentiel pour tenir le coup confinés souvent à plusieurs dans de petits espaces. Nous sommes confinés oui, c’est dur, mais cela nous protège et protège les autres. Se le dire et se le répéter. Nous sommes privés de liberté pour le bien des autres aussi.


« Beaucoup de gens le vivent comme un enfermement, mais c'est un luxe de pouvoir être confiné dans une situation comme aujourd'hui. Il y en a qui sont au front, en train de se dévouer pour les autres. »
www.psychologie.com


La notion de sens, dit Piccard est primordial, elle permet de supporter toutes les limitations mises sur nos libertés de se déplacer, se rencontrer, se divertir, se rassembler… L’acceptation de la réalité, fait baisser le niveau de stress, pour soi, et les proches et encore une fois c’est un moyen de tenir dans la durée. La confiance est importante dans ces moments de confinement inconfortable pour beaucoup de ménages, mais se dire que l’on est capable de surmonter ce qui nous arrive, est une véritable motivation à tenir, une stimulation qui peut nous faire découvrir des aspects de notre existence que nous ne soupçonnons pas. Que nous n’avons pas encore mesurés.


« Si j’ai tellement profité de mes vols en solitaire au-dessus des océans, c’est aussi parce que je remarquais que j’en étais capable ».
Europe 1


Cette capacité de se dépasser ne va pas de soi, elle est pourtant amplifiée par le fait d’entendre sa voix intérieure et de surtout l’écouter, alors que notre société nous a habitué à agir autrement : consommer des loisirs, des activités dans lesquelles nous nous dispersons au détriment de l’introspection, notre vie intérieure qui nous connecte à nos besoins essentiels. Pour entendre cette petite voix et l’amplifier, le dialogue avec soi, est le moyen de communiquer, avec soi-même. Ce conseil avisé est surtout important pour les personnes qui vivent le confinement seul(e).

En famille, le confinement est l’occasion de s’exprimer sur ses émotions, ses ressentis sans jugement, juste pour donner l’occasion à chacun de prendre sa place et de pouvoir dire ses souffrances par rapport aux bruits dans la maison, ses difficultés pour se concentrer, ses inquiétudes, … pour finalement être entendu, trouver ensemble des solutions dans lesquelles l’on se voit (enfin) reconnu.

Une invitation plutôt qu’une conclusion

« Tout ce que je vous conseille ici ne vient pas tout seul. Cela s’apprend, s’exerce, se répète. C’est l’apprentissage d’une nouvelle manière d’entrer en relation avec soi-même, les autres et la vie. Vous avez le temps de le faire actuellement, alors pourquoi vous en priver ? Quand le confinement sera terminé, le plus triste serait de vous dire que vous n’en avez pas assez profité pour évoluer… »
Europe 1

La conclusion de Bertrand Piccard n’en est pas réellement une, c’est plutôt une invitation à poursuivre une réflexion globale durant cette pandémie qui nous atteint, fait mal et est révélatrice de maux plus profonds et globaux que ce covid-19. Enfouir les problèmes n’est jamais bon, ils se rappellent à nous forcément un jour violemment, comme un boomerang que l’on prend en pleine figure.

Piccard et d’autres décodeurs s’expriment

Piccard n’est pas le seul à porter un regard constructif sur notre quotidien actuel. Emmanuel Todd , démographe français, met l’accent sur le rôle révélateur et accélérateur de la crise plus que génératrice d’un nouveau monde, concernant notamment les inégalités vieux riches/vieux pauvres qui s’annonçaient déjà.

L’épidémiologiste belge, Marius Gilbert , parle de la cohabitation avec le virus et prévient « qu’il va falloir inventer une autre manière de vivre, pas seulement maintenant, durant le confinement, mais après, et que dès maintenant, il « faut réinventer la manière dont on consomme, dont on s’approvisionne, dont on enseigne, dont on organise notre vie sociale . Il faudra réinventer notre manière de vivre. Des solutions on peut en trouver. Il faut absolument mettre les prochaines semaines à profit pour brasser les idées, qu’elles percolent dans la société, et qu’il y ait un retour de celles-ci vers les décideurs.»

Trends tendances , reprend Yann Verdo « la baisse de la pollution consécutive aux mesures prises pour endiguer l’épidémie épargnera plus de vies que le coronavirus n’en coûtera. Cela en dit long sur les fragilités et les impasses d’un développement fondé sur le tout-carbone. »

Dans ce même article éloquent, étayés de chiffres François Gemenne, pose le constat que la pandémie devrait nous amener à nous questionner sur la vie et la planète que nous souhaitons laisser à nos descendants.

« Les inconnues du monde d’après », dont parle Pierre Haski , sont nombreuses et inquiétantes, car le coup d’arrêt mondial, cette onde de choc aura des répercussions car les crises accentuent généralement les tendances préexistantes, plus qu’elles ne génèrent de véritables bouleversements, renforçant les déséquilibres du « monde d’avant » au risque de nous diviser plus que de nous rapprocher : poids des inégalités entre citoyens et pays au regard de l’économie, de la technologie maîtrisée, du climat… ; guerre froide entre la Chine et les Etats-Unis ; une Europe en perpétuelle hésitation , …etc.

A notre niveau, au sein d’Énéo, que faire ?

Que devons-nous questionner aujourd’hui, remettre en question ? Qu’est-ce qui ferait nous sortir grandis de cette crise ?

Notre futur, l’après covid, nous pouvons l’écrire, mais qu’y mettrions-nous ? Quelles seront nos priorités, nos engagements, nos choix ? En tant que mouvement, social des aînés, quels seront nos combats justes, en lesquels nous croyons déjà, et que nous défendrons COLLECTIVEMENT, d’une seule voix forte, portée à coup d’arguments, de prises de paroles, d’engagements, de mobilisations, d’actions, de projets ?

Cette pandémie ne sera pas la dernière si collectivement, nous ne modifions pas radicalement, nos habitudes

  • Des projets forts, une parole ferme, c’est ce que des aînés attendent de notre mouvement social des aînés. Ce ne sera possible que si nous construisons ensemble, dès maintenant, une parole collective qui renforce un projet de société pour lequel nous nous engageons dès maintenant en tant que citoyens, tout en produisant des effets au sein de notre mouvement.
  • Beaucoup de monde applaudit toutes les personnes qui sont « au front » depuis plus d’un mois, en particulier, les soignants. Mais si leurs conditions de travail sont revalorisées, serez-vous toujours d’accord de les soutenir et de financer une nouvelle redistribution des ressources ?
  • Une relance économique pour une économie forte, est essentielle, mais supporteriez-vous encore une croissance qui entraîne toujours dans son sillage un nombre croissant de personnes qui en sont exclues ?
  • Une Europe sociale solidaire, une Europe de la santé, oui, on y adhère tout de suite, mais sommes-nous prêts à céder une partie de notre souveraineté nationale pour ne plus revivre, à chaque crise, les sempiternels replis nationaux observés au sein des membres de l’Union européenne et qui étouffent la solidarité européenne ?
  • Moins de pollution, plus de respect par rapport à l’environnement et la première place à l’humain dans le respect et la sauvegarde générale du monde vivant, nous sommes a priori preneurs. Aujourd’hui, en plein confinement, la question est déjà posée de savoir si nous pourrons partir en vacances au soleil, loin ? Allons-nous continuer à prendre l’avion comme avant ? Allons-nous reprendre la mondialisation là où nous l’avions laissée avant la pandémie ?

C’est toute la question de la place de l’humain qui se pose aujourd’hui. Allons-nous vers un effondrement de tout notre système ? Allons-nous redémarrer comme avant ? Ou allons-nous profiter de cette catastrophe pour changer de cap, prendre une nouvelle voie tous ensemble ?

Raisonnons, pensons, projetons-nous, actionnons les leviers du changement collectif recherchons de meilleures articulations, de grandes collaborations, des innovations partagées, de la transparence, une plus grande de justice sociale, une participation démocratique réelle, un monde plus solidaire, respectueux de nos biens communs et du partage effectif de la prospérité.

Prenez bien soin de vous, sans oublier les autres.

Anne Jaumotte
Chargée de projets