Notre projet de société

Nos fondamentaux :

de nouvelles bases pour nos futurs projets et actions

 

Contexte

Fondée en 1956, dans une époque prospère, Énéo s’est fixé comme comme objectif de défendre l’accès pour tous, aînés compris, à un bon niveau de vie. Depuis 1974, les différentes crises économiques et institutionnelles ont fondamentalement modifié les développements et les perspectives. Tout en adaptant ses philosophies aux évolutions sociétales, Énéo a résisté aux conséquences de ces crises sans changer de cap : le bien-être des aînés reste au cœur de ses préoccupations et le moteur de ses décisions.

L’entrée dans le 21ème siècle a accéléré le mouvement et les nouveaux défis se précisent. Dans une société en profonde mutation, où les repères sont chamboulés, Énéo veut préciser ses fondamentaux et les mettre en perspective avec les exigences actuelles et futures de ses membres.

Énéo a l’ambition d’incarner la référence pour la population plus âgée, consciente des nouveaux enjeux, qui souhaite compter sur une organisation active, dynamique et décisionnaire. D’où la nécessité de remettre noir sur blanc nos engagements.

 

1. L’identité d’Énéo

Énéo est un mouvement social qui rassemble les aînés autour d’une spécificité et d’une problématique communes.

Sa mission est basée sur une action citoyenne et collective, guidée par la solidarité et la justice sociale.

Son inspiration est mutualiste et chrétienne.

 

2. Contexte sociétal : une observation pointue

Une société en mutation

La société belge est en plein mouvement : la notion de « famille » évolue et se métamorphose, la diversité sociale est plus marquée, la société devient multi-culturelle, le marché du travail se durcit, le rapport entre vie privée et vie professionnelle est totalement modifié…

Mais un des premiers moteurs de ces évolutions repose sur les mutations démographiques de notre pays. Entre un taux de natalité qui stagne, une population active qui diminue et une population âgée de plus en plus nombreuse, le visage de la Belgique change. Et le rapport entre les générations aussi.

L’intergénérationnel au cœur d’une nouvelle pensée

L’intergénérationnel s’invite de plus en plus dans le débat public. Pas seulement entre jeunes et moins jeunes, mais aussi au sein de la population plus âgée.

De plus en plus présent, l’intergénérationnel fait apparaître de nouvelles aspirations et de nouveaux besoins très divers. D’une société organisée historiquement sur trois générations, aujourd’hui c’est un projet global et porteur de sens pour pas moins de cinq générations qu’il faut créer pour la collectivité.

Notre capacité à vivre ensemble est au cœur du débat : au quotidien, au sein même de notre mouvement, au sein de nos familles, dans notre entourage et environnement plus large, entre les différentes communautés culturelles et au sein de la sphère politique. Tout en tenant compte d’un contexte de plus en plus européen et mondial, partagé entre avancées sociales et libéralisation tous azimuts du marché.

Social et surconsommation sont-ils compatibles ?

La privatisation des services à la population fragilise la cohésion sociale. La complexité de notre système politique rend plus difficile toute initiative sociale. En cause, le découpage institutionnel et de la dilution effective des compétences, des moyens et des responsabilités.

L’évolution de nos habitudes de consommation et de leurs impacts sur l’empreinte écologique joue aussi sont rôle. Dans notre société de surconsommation, qui a la capacité de se créer des biens de consommation dont elle n’a fondamentalement pas besoin, une nouvelle lame de fond progresse portée par une prise de conscience tantôt individuelle, tantôt collective. Elle remet en question certains de nos modèles et renforce notre capacité à penser développement durable et à agir en conséquence.

Remettre l’humain au coeur des débats, tous âges confondus

Il est primordial de remettre l’humain au cœur des débats, de repenser notre modèle éducatif et de développer un suivi de formation tout au long de la vie. Les aînés se sentent concernés et partagés entre sentiment d’impuissance et de culpabilité, et le souci d’être acteurs de changement. Mais les moyens et motivations manquent souvent pour apporter une pierre à l’édifice.

On peut affirmer que certains acteurs de la société stigmatisent la population âgée :

  • Les médias, qui ont une grande responsabilité dans la transmission des stéréotypes. Ils ont un impact certain sur la population, d’autant plus que l’éducation aux médias n’est pas suffisamment développée et soutenue.
  • La classe politique qui associe trop souvent la population âgée à un risque social, un poids budgétaire pour les finances publiques.
  • La classe économique et financière qui, de manière déterminée, voit dans cette population un nouveau marché à conquérir.

Par cette stigmatisation, la personne âgée risque d’être considérée davantage comme objet plutôt que comme sujet. On oublie trop souvent que 25% des aînés vivent aujourd’hui sous le seuil de risque de pauvreté et qu’un nombre important souffre de solitude ou d’un handicap. La représentation sociale actuelle n’est guère valorisante. Pourtant, cette frange de la population de plus en plus nombreuse représente surtout une grande richesse et une grande ressource pour la société.

Revaloriser les compétences des aînés

L’opinion focalise sur la capacité financière des Etats à supporter le coût du vieillissement et les perspectives de parts de marché que représentent les aînés. Il faut pourtant mettre en évidence de plus grandes et nobles réalités à mettre au crédit des aînés, comme le foisonnement d’initiatives volontaires et citoyennes aux dimensions sociales et économiques.

Les aînés, par leur disponibilité et leurs expériences de vie, leurs valeurs de référence et leur espérance en une société plus juste, sont créateurs de lien social. Ils apportent une réponse humaine et concrète à l’isolement qui constitue, à l’heure actuelle, un des premiers risques de pauvreté et un mal qui gagne de plus en plus notre société.

Que faut-il conclure ?

Plus que jamais, l’heure est aux initiatives citoyennes et à l’action collective. La société civile joue ici un rôle important face à la marchandisation de biens et services de proximité destinés à la population. Elle permet de rendre de la confiance et de la crédibilité aux fonctions collectives de l’Etat et de la sécurité sociale, de rapprocher les citoyens, d’être moteur de solidarité pour faire face aux montées de l’individualisme et du repli sur soi.

 

3. Notre projet Énéo : une communauté plus solidaire

Associer une vision réaliste et une vision idéaliste

Comme mouvement social des aînés, partenaire de la Mutualité chrétienne, Énéo et la fédération sportive ÉnéoSport se situent au carrefour des enjeux de l’environnement culturel, social, économique et politique actuels.

Notre vision repose sur un modèle de société où il fait bon vivre ensemble. Une société dans laquelle chacun, quels que soient son âge, son statut, son origine, son état de santé peut aider l’autre à grandir et à se réaliser, dans le cadre de l’action collective. Une société plus démocratique, basée sur plus de justice sociale, d’engagement citoyen, de convivialité, de solidarités interpersonnelles et intergénérationnelles.

Notre action vise donc :

  • à développer l’action collective, articulée entre dynamique de mouvement et services, par et pour les aînés ;
  • à œuvrer à la réalisation personnelle, mêlant souci de soi et action sociale, et plus concrètement, s’offrir la capacité de se construire et de devenir citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires ;
  • à construire une société qui renforce le mieux-être des aînés d’aujourd’hui ainsi que le bien-être des jeunes et actifs, selon les principes du développement durable ;
  • à développer ces préoccupations dans leurs dimensions locale, régionale, nationale, européenne et internationale.

 

4. Nos valeurs et principes fondamentaux : l’humain avant tout

Énéo doit développer ses activités sur base de valeurs affirmées et communément admises et reconnues.

Nous les avons identifiées comme suit :

  • Reconnaître la personne pour ce qu’elle est et ce qu’elle réalise, quel que soit son parcours de vie. Garantir ainsi une place pour chacun, une place qui donne du sens à la vie, de la raison d’être, de la dignité. Une place où la personne âgée est accueillie, respectée et considérée comme une richesse et une ressource particulières pour la société.
  • Reconnaître l’engagement volontaire et citoyen des aînés, et admettre que leur action sociale et collective est un vecteur de croissance jouant un rôle d’utilité publique. Les aînés sont des moteurs de changement de la société et non des poids, ils sont une ressource et non un problème, ils sont des acteurs et non des consommateurs.
  • Reconnaître les dialogues intergénérationnel et interculturel comme des atouts permettant le décloisonnement, une plus-value et un renforcement mutuel de notre connaissance de la société, dans un but d’une plus grande tolérance. 
  • Croire en la démocratie participative comme pilier de notre société et de notre mouvement.
  • Choisir et vivre la solidarité comme moteur d’engagement et de justice sociale, notamment dans la défense et la promotion de notre système de sécurité sociale. Notre organisation repose sur des actions de solidarité entre générations d’aînés et à l’égard des autres générations : des solidarités interpersonnelles qui engendrent des attitudes de respect, d’écoute, de tolérance, de convivialité, d’entraide à la fois dans les paroles et dans les actes.
  • Vivre le présent et construire demain en considérant notre histoire comme les racines du futur. Dans cette perspective, les aînés ont une mission et une responsabilité en matière de transmission à l’égard des autres générations et cultures.
  • Choisir et vivre une identité chrétienne contemporaine et ouverte aux autres. La reconnaissance de l’autre est une richesse. C’est par la reconnaissance des différentes identités que le pluralisme au sein de notre société se verra renforcé.
  • Reconnaître l’éthique comme facteur de bonne gouvernance de notre société.

 

5. De notre projet découlent nos missions

Sur base de valeurs clairement identifiées et énoncées, nous nous sommes fixés diverses missions :

  •      Mission de mouvement : soutenir l’engagement citoyen et volontaire des aînés dans des actions d’animation, de service, de participation à la vie de la Cité, de militance pour rendre les gens acteurs de changement de notre société.
  • Mission d’animation et de service de proximité : créer et faciliter le lien social, la convivialité, la connaissance, la pratique du sport, sources de bien-être. Pour y arriver, développer des lieux de vie et d’animation pour les aînés fragilisés et vivant au sein d’institutions spécialisées.
  • Mission de lobby politique : reconnaître, valoriser et défendre la place et le rôle des aînés dans la société par le développement d’une expertise sur les multiples enjeux révélés par le vieillissement, et encourager les innovations sociales.
  • Défendre la sécurité sociale et promouvoir son élargissement comme système de solidarité et de répartition en fonction des besoins et non des richesses.
  • Mission de défense des membres : défendre les droits individuels et collectifs des aînés en matière d’accès à des soins de santé, à des ressources, aux lieux de vie, à la mobilité et à la culture, dans une dynamique d’approche de santé globale.
  • Défendre une assurance santé solidaire pour promouvoir la santé des aînés.

 

6. De ces missions découlent des modes d’action

Dans un même esprit, nous voulons développer des projets concrets d’humanité et de solidarité :

  • Organiser au niveau local des espaces d’accueil, de rencontre, d’expression, d’activités physiques et sportives et de créativité. Ces espaces gagnent à être adaptés aux différentes générations d’aînés.
  • Informer les aînés sur leurs droits et devoirs, sur leur environnement et la manière d’agir en son sein.
  • Eveiller, sensibiliser et faire participer les aînés aux enjeux qui les concernent au travers de dynamiques d’éducation permanente (animations, analyses, études et outils pédagogiques qui en découlent).
  • Accompagner les aînés qui font le choix de s’investir, de s’engager, de donner du temps comme volontaires au bénéfice d’autres ou de la collectivité, que ce soit dans une dynamique d’animation, de service, de gestion, de militance (fonction pédagogique et de formation).
  • Mobiliser les aînés aux enjeux de société d’ici et d’ailleurs et à l’action politique à l’égard de la population, la société civile et le politique (communication externe et campagnes).
  • Proposer des activités de promotion et d’éducation à la santé.

 

Conclusion

Dans une société qui tend à se déshumaniser, Énéo veut garder ouvertes toutes les questions qui sont au cœur de la société des aînés et de leur environnement. Les priorités vont à l’humain, à la rencontre, à l’échange, mais aussi et surtout au maintien de l’autonomie et à la participation décisionnaire.

En précisant ses nouveaux fondamentaux, Énéo s’affirme comme un acteur essentiel pour une société plus altruiste et citoyenne, y compris et surtout avec les générations plus âgées.

L’âge n’est pas un obstacle : c’est un atout !