Budget 2017 : les aînés ont du mal à avaler la pilule !

    La Ministre de la Santé, Maggie De Block, a prévu des économies à hauteur de 900 millions dans les soins de santé en expliquant que cela ne toucherait pas les patients.
    Ces mesures les affecteront pourtant bel et bien !

    • Les efforts demandés aux hôpitaux les obligeront à des hausses de tarifs vu les exigences d’équilibre financier qui leur sont imposés.
    • La non-indexation prévue pour les prestataires de soins risque de compromettre les accords médico-mutualistes et donc le prix des soins : médecins, spécialistes, kinés,... tous annoncent des hausses de tarifs.
    • Le non-remboursement de certains médicaments est annoncé.
    • La spécialisation des hôpitaux qui se profile entraînera des coûts de mobilité importants notamment pour les soins ambulatoires lourds.

    Si des économies doivent absolument être faites en matière de santé, comment éviter que cet argent ne soit ponctionné directement dans le portefeuille du patient ?

    Le mémorandum rédigé par Énéo lors des dernières élections fédérales (voir nos publications : « Balises » n°43 et 45) proposait déjà des pistes notamment sur la prescription et la délivrance de médicaments.

    Il existe d’autres solutions ! Nous voulons interpeller la Ministre sur ces pistes.

    Les régionales d’Énéo ont rassemblé des médicaments périmés ou en surplus. Ces "Montagnes de médicaments" illustrent que d'autres mesures, moins pénalisantes, auraient pu être prises :

    • La prévention à la surconsommation des médicaments.
      Causé par un packaging non adapté à la situation clinique du patient (prévoir de petits conditionnements en début de traitement ou lors d’un traitement non stabilisé) sans refuser les grands conditionnements dans certaines conditions (plafond de remboursement).

    • Une meilleure sensibilisation des prescripteurs pour éviter la délivrance sans analyse, à la demande du patient, par habitude, ou par attrait de la nouveauté coûteuse mais sans réelle amélioration...

    • L’instauration de la PMI (prescription médicale individualisée) pour les institutions psychiatriques ou pour personnes handicapées puis pour tous les traitements chroniques stabilisés comme c’est déjà le cas pour les Maisons de Repos.

    • La possibilité pour le pharmacien, surtout en vue de la prescription électronique, de :
      o modifier la quantité délivrée, notamment quand il s’agit d’une première prescription ;
      o d’ajuster les quantités à la situation ;
      o pouvoir changer la prescription pour un générique équivalent.

    • L’achat des médicaments sous le système KIWI au niveau européen (durcissement des négociations avec les firmes pharmaceutiques notamment avec un mécanisme d’appel d’offres où le prix le plus bas obtient, pour une même molécule, une exclusivité du remboursement par l’État).
      Un marché européen permettrait de diminuer le coût pour les patients et pour la Sécurité sociale et donc pour tous les contribuables.

    Démonstration chiffres à l’appui :

    Les pharmacies récupèrent les médicaments périmés qui ne peuvent être éliminés autrement. Elles disposent pour ce faire de containers spéciaux.

    En 2014, 628 tonnes de médicaments ont été détruites en Belgique par ces filières. Certaines sources évoquent une augmentation de ces récoltes de 33% entre 2000 et 2015... Et cela est bien loin de représenter tous les médicaments non utilisés.

    Pour quantifier les montants ainsi « incinérés », prenons quelques exemples de médicaments récoltés qu’utilisent bon nombre d’aînés :

    Médicament (poids boîte) Nombre de boites = 1 Tonne Prix de vente Charge Patient Charge Inami Coût/Tonne Coût/T pour le Patient Coût/T pour l’Inami

    Asaflow 168 COMP 80 MG (57 Gr)

    17.543,86

    9,48

    1,73

    7,75

    166.315,79

    30.350,88

    135.964,91

    Cozaar 98 COMP 50MG (48 Gr)

    20.833,33

    27,02

    7,4

    19,62

    562.916,67

    154.166,67

    408.750,00

    Glucophage 60 COMP 500MG (54 Gr)

    18.518,52

    6,28

    0

    6,28

    116.296,30

    0

    116.296,30

    Inegy 98 COMP 10MG/40MG (68 Gr)

    14.705,88

    196,07

    14,8

    181,27

    2.883.382,35

    217.647,06

    2.665.735,29

     

     

     

     

     

    3.728.911,11

    402.164,60

    3.326.746,50

    Si l’on rapporte le coût à la boîte par tonne on obtient pour ces quatre tonnes un gaspillage total équivalent à quelque 3,73 millions d’euros dont 3,32 millions à charge de l’INAMI et 402.164 euros à charge des patients.

    Bien sûr il est difficile d’extrapoler cela aux 628 tonnes. Mais imaginons que cela soit dans la moyenne des médicaments récoltés, nous arrivons alors à plus de 585.439.044 euros détruits dont près de 87% à charge de l’INAMI !

    Ces chiffres ne tiennent pas compte du coût de destruction (100 euros à la tonne à charge des pharmaciens) qui représentent 63.000 euros en sus !

    Il y a donc vraiment moyen de trouver des économies autrement !